Le constat
Retards, dérives budgétaires, équipes épuisées : l'inefficacité du bâtiment n'est pas une fatalité. Elle est d'abord la conséquence d'un modèle d'organisation.
Un échec ancien
De 1950 à 2012, la productivité de la construction n'a pas progressé — elle a même reculé (×0,92), quand l'industrie était multipliée par 9,5. Sur la même période, Teicholz mesure −0,32 %/an dans la construction contre +3,06 %/an pour le reste de l'économie.
La mécanique du gaspillage
Conception, appels d'offres puis construction se succèdent sans se parler. Chaque acteur intervient tard, sans vue d'ensemble, et découvre les contraintes des autres une fois qu'il est trop tard pour les traiter sans surcoût.
Une multitude de contrats bilatéraux dilue la responsabilité. Quand un problème surgit, l'énergie part dans la recherche d'un coupable — pas dans la recherche d'une solution.
Chacun se protège : avenants, réserves, contentieux. On optimise son propre contrat au détriment de la performance du projet. Le résultat est connu — et chiffré.
Les mêmes entreprises, dans d'autres secteurs, ont fait ×7 à ×10. Si la construction stagne, ce n'est pas une question de personnes : c'est l'organisation.
Derrière les dépassements, il y a des femmes et des hommes. La conflictualité permanente, la pression des délais et la défiance entre acteurs alimentent une souffrance professionnelle que le secteur ne nomme presque jamais.
Réparer la construction, c'est aussi rendre le travail à nouveau soutenable pour ceux qui le font.